Personnalités

PearsonLloyd, 117 Drysdale Street, London

Le studio de PearsonLloyd se situe à Shoreditch, un quartier créatif en plein développement au nord-est de Londres. Comment êtes-vous arrivés ici et quels ont été les critères décisifs pour le choix de ce studio ?

Tom Lloyd:
Lorsque nous avons démarré le studio, Luke et moi habitions à l'ouest de Londres. Le déménagement était aussi bien une décision d'ordre financier (nous cherchions des locaux plus abordables) que créatif. Nos premiers locaux se trouvaient dans un entrepôt non chauffé à proximité de Spitalfields Market, qui était encore à l'époque le plus important marché de gros pour les fruits et légumes à Londres. La zone était quelque peu délabrée, mais pleine de vie et d'énergie. Des immeubles commerciaux y avaient été occupés par des artistes et cette communauté nous a attirés ici. Au cours des 16 années qui ont suivi la création du studio, nous avons été dans trois locaux différents, qui se trouvent tous dans un rayon d'environ 1,5 km autour de ce premier bureau. Shoreditch est aujourd'hui une zone peuplée d'entreprises issues du domaine de la mode et du design, et bien que les choses ne soient pas les mêmes qu’en 1997, c'est un lieu formidable pour travailler.

Luke Pearson: Le frère de Tom avait un studio tout proche de la City, le quartier des banques et de la finance de Londres. Le loyer était ridiculement bas. Y prendre de grands locaux bon marché semblait donc une idée formidable. À peine avions-nous emménagé que le terrain voisin s'est transformé en grand chantier. Nous avons alors déménagé à Whitechapel et nous avons finalement acheté notre studio actuel après être passés devant, un jour à vélo. À l'époque, le marché s'était effondré, et cela semblait être une bonne idée, même s'il est entre-temps devenu trop petit à maints égards.


Combien de personnes sont employées ici ? Pouvez-vous décrire l'ambiance du bureau ?

TL:
Le studio compte 14 employés. Les pièces sont un mélange entre un atelier, un espace de réunion et un studio. L'ambiance est très studieuse et il y a en permanence une grande quantité de conversations individuelles. Le design est une affaire de communication, c'est pourquoi nous passons le plus clair de notre temps à discuter avec notre équipe. Nous observons, touchons et travaillons sur les modèles, les dessins et les idées.

LP: Nos collaborateurs viennent des quatre coins du monde. Je ne suis pas certain que leur nationalité soit très importante. Bien sûr, leur bagage culturel est différent et cela peut avoir une influence sur le processus du design, mais je pense que le travail nous élève tous au même niveau.

Parfois, je n'arrive quasiment pas à saisir leur anglais, mais je peux comprendre clairement une pensée axée sur le design et une représentation faite sur papier. C'est ce qui m'importe. Le processus de la pensée et de la vision. Parfois, l'atmosphère dans le studio est très agitée, d'autres fois elle est calme et les gens sont concentrés et appliqués dans leur travail.


Est-ce que Londres est l'endroit idéal pour vivre et travailler ?

TL:
Oui ! Rien n'est comparable à l'énergie qui se dégage de Londres. Son mélange de communautés, d'activités et de cultures est absolument unique : politique, finance, art, culture, sport, etc. Dans notre ville, la liberté d'expression personnelle est illimitée, c'est pourquoi la créativité y est constante et omniprésente. De plus, Londres est un aimant qui attire les gens du monde entier. Il y a six nationalités différentes représentées dans notre studio. Vous n'auriez ça nulle part ailleurs, sauf peut-être à New York.

LP: Mes enfants sont à Londres et, pour le moment, ils représentent mon centre géographique. Je pense que c'est une ville formidable, et comme j'ai beaucoup voyagé, je ressens un respect grandissant à l'égard de la capacité des Britanniques à accepter les gens. C'est très utile en termes de créativité, car nous ne connaissons aucune limite et nous adorons les excentriques.


Avez-vous l'impression que votre bureau révèle quelque chose sur vous ?

TL: Notre bureau exprime un ensemble de choses à plusieurs niveaux : PearsonLloyd, Luke et Tom, le travail, notre propre personnalité, l'équipe, Londres. Notre bureau déborde de prototypes, de maquettes et de modèles. Il est très désordonné, et pourtant il plaît à nos visiteurs car ils peuvent voir ce qui se passe réellement. Parfois nous le rangeons, mais les pièces perdent alors un peu de cette énergie.

LP: Le bureau est très important. C'est l'endroit où nous travaillons. Les murs sont toujours recouverts de dessins et de croquis et le studio est plein à craquer de modèles aux phases de développement les plus diverses. C'est le lieu où nous échangeons nos idées et où nous les mettons à disposition des autres. Le bureau dit certainement quelque chose à notre sujet, mais je crois que nous sommes tellement occupés à travailler que cela n'est pas toujours conscient, et qu'il s'agit plutôt d'une réaction par rapport à nos besoins. Ce n'est peut-être pas mon lieu de travail idéal, car alors il devrait exister un atelier plein de machines capables d'exécuter toutes les tâches, mais cela relève bien sûr du fantasme.


Avez-vous un lieu de travail que vous affectionnez particulièrement ou préférez-vous changer d'endroit ?

LP:
Mon lieu de travail préféré est mon carnet de croquis et, actuellement, un iPad qui m'aide à organiser ma vie et à gérer mes courriels… ou plutôt à y répondre. Je pense être capable de travailler partout, mais j'aime la concentration. J'ai besoin de mon bureau, ne serait-ce que pour pouvoir y étaler mes notes. Il y a tellement de designers qui racontent toutes sortes d'histoires, selon lesquelles toutes leurs idées leur sont venues dans un avion. Les miennes surgissent dans les moments les plus étranges, c'est pourquoi je dois toujours avoir mon outil avec moi. Je ne peux pas rester sans crayon.
J'ai toujours un bout de papier sous la main, afin de pouvoir griffonner rapidement une note. D'un autre côté, il y a parfois des moments, comme je l'ai déjà dit, où le calme et la concentration sont primordiaux. Je ne pourrais jamais travailler chez moi, le flux généré par les autres est très important.

TL: Luke et moi avons une petite pièce commune à l'arrière du studio, où nous discutons ensemble presque en continu. Mais nous ne sommes au studio peut-être que deux ou trois jours dans la semaine. Le reste du temps, nous rendons visite aux clients, nous allons dans des usines, à des festivals, des conférences, etc. Comme de nombreux travailleurs de ce monde, nous passons beaucoup de temps à réfléchir et à discuter dans les cafés locaux.


Que n'aimez-vous pas dans votre bureau ?

TL
: Nous avons besoin de plus de place pour penser, réaliser des choses et jouer. Les locaux commerciaux sont très chers à Londres. Je suis sûr que si nous travaillions à l'extérieur de la ville, nous aurions deux fois plus de place pour pouvoir expérimenter nos idées.


Y a-t-il des endroits ou des lieux où vous aimez particulièrement travailler ?

TL:
J'aime bien être toujours en mouvement. Aucun jour ne ressemble à un autre.

LP: En ce qui concerne les pays, j'aime bien le Japon. J'aime l'attention portée aux détails.


Y a-t-il des lieux où vous êtes obligés de travailler, mais que vous préfèreriez éviter ?

TL:
Le retour à la maison depuis une ville étrangère après une longue semaine est sans doute le moment que j'aime le moins dans ma vie professionnelle. Aucun avion ne peut me ramener chez moi aussi vite que je le voudrais.

LP: Collaborer avec des entreprises qui savent pertinemment qu'elles ont besoin d'un design ou d'un concept, mais qui ne veulent absolument pas travailler en équipe avec nous. C'est très frustrant.


Le bureau est-il pour vous un lieu d'inspiration et de créativité ?

TL: Quel que soit le moment, nous avons au moins dix projets en cours. L'énergie produite par ce travail permanent est très précieuse. Nous avons un flux de tâches très important au bureau, ce qui signifie que chaque jour est différent. Mais l'inspiration telle que nous l'entendons se manifeste partout, à chaque instant.

LP: Le bureau n'est pas toujours l'endroit où naissent les idées, mais c'est bien là que je dois travailler à partir de ces idées. Parfois cela se produit dans mon carnet de croquis, mais les idées peuvent venir de partout, ce qui est aussi souvent le cas. Lors de mes cours, je dis souvent que l'on ne peut pas imaginer quelque chose que l'on n'a pas connu.


Y a-t-il des rituels dans votre quotidien professionnel qui sont importants pour vous ?

TL:
Le café du matin, mais à part ça, chaque jour a son rythme et sa structure propres.

LP: En ce qui concerne les rituels, j'aime toujours d'abord prendre un café quand j'arrive.


Quels sont les changements qui se sont produits au cours de votre « vie de bureau » que vous qualifieriez de décisifs ?

LP:
La communication est sans conteste le secteur qui a subi les changements les plus profonds. Il y a maintenant tellement de moyens de communiquer, par téléphone, SMS, courriel, Skype, etc. Nous pouvons envoyer des informations littéralement d'un seul clic. La rapidité est désormais le maître mot, mais ce n'est pas toujours l'idéal quand il s'agit de réfléchir.


Pourriez-vous nous confier un moment d'émerveillement que vous avez vécu dans ou avec un bureau ?

TL:
En tant que designers, nous avons la chance de pouvoir observer les résultats réels et concrets de notre travail. Il n'y a rien de plus beau que de recevoir une livraison puis d'ouvrir une boîte contenant le premier prototype ou le premier exemplaire fini d'un nouveau design ou d’un nouveau projet. Même si nous savons tous très précisément comment nous l'avons conçu, il y a toujours une sorte de surprise la première fois que nous le voyons.

LP: Pas vraiment.


Qu'est-ce qui est le plus important dans votre bureau ?

TL:
En tant qu'équipe constituée de 14 membres, nous formons une communauté. Au fil des ans, les gens viennent et s'en vont, et la communauté se transforme sous l'influence des diverses personnes qui travaillent au studio. C'est à la fois un plaisir et un grand défi que d'aider cette communauté à s'épanouir. C'est la voie de la réussite de tout travail.


Quel pour vous l'objet le plus important de votre bureau ?

TL:
La lumière du jour.

LP: Mon vélo. Il m'amène au studio et me permet de commencer la journée dans un autre environnement intellectuel. C'est l'une des meilleures inventions humaines, et d'un point de vue strictement émotionnel, j'aime l'avoir à proximité.


Et lequel serait le plus personnel ?

TL:
J'ai conçu une lampe pour un concours national d'éclairage en 1989. Le prototype se trouve sur l'étagère de la salle de réunion, et chaque fois que je le regarde, je suis ramené à l'époque où j'étais au College, avec toutes les aspirations et les angoisses de la vie d'étudiant.

LP: J'ai arrêté il y a quelques années de trop m'attacher émotionnellement aux objets, mais si on insistait vraiment, je dirais les dessins que mon père a faits pour moi.


Votre outil de travail essentiel ?

LP: Le crayon.

TL: Mon carnet de croquis. Même si je ne suis pas un dessinateur de génie, je ne peux pas vivre sans carnet de croquis.


Votre activité favorite en lien avec le travail ?

TL:
Il n'y a rien de plus beau que d'aller dans une usine qui produit les fruits de ton travail. Le petit frisson procuré par la matière et la fabrication est unique. Encore mieux : un repas d'affaires concluant inévitablement une réunion de production, dans une trattoria locale du nord de l'Italie.

LP: Mon activité préférée consiste à repérer les défauts que les autres n'ont pas vus, et qui conduisent ensuite à de nouvelles solutions… Je crois que c'est ça qui rend le design unique.


Combien d'heures par jour passez-vous au bureau ?

TL:
Chaque jour est différent, mais je ne fais pas trop d'heures. Je trouve que ça ne favorise ni le bonheur, ni la productivité.

LP: Bien souvent, nous ne sommes pas ici, mais une journée bien remplie peut compter jusqu'à 15 heures. Généralement, je travaille encore le soir, chez moi.


Est-ce que votre travail sur PARCS ou DOCKLANDS vous a amenés à apporter des modifications dans vos processus de travail, voire dans votre bureau ?

TL:
Notre propre bureau n'a pas beaucoup changé depuis que nous avons commencé à travailler sur PARCS. Nous travaillons en très étroite collaboration dans un environnement dense. Nous n'avons pas assez de place pour une bonne séparation spatiale, mais nous avons la chance de disposer d'un grand nombre de cafés dans Shoreditch, qui nous permettent généralement de nous échapper pour un moment afin de discuter et de réfléchir.

LP: Je ne suis pas certain que nous ayons changé grand-chose après PARCS et DOCKLANDS. En fait, je veux dire que nous avons toujours travaillé ensemble, trouvé des zones de détente, eu notre atelier et nos échanges d'informations. Il est probablement plus facile de créer un réseau organique au sein d'un petit studio que dans une grande société.


Votre principal souhait en matière de bureau ?

TL:
La lumière du jour.

LP: La qualité.


Merci pour cette interview.
 

Auteur/e

Désirée Schellerer

Public Relations Manager

×

×
×