La gestion de l’innovation –
Les vraies aventures sont dans la tête
Les uns les recherchent des années durant, pour les autres elles font partie de leur quotidien. Une chose s’impose à tous: si elles sont incontrôlées, elles n’apporteront pratiquement pas les succès escomptés. Les innovations sont en fait bien plus que des éclairs de génie créatifs.
Un entretien avec l’expert en connaissances, M. Andreas Brandner, sur le thème de la gestion de l’innovation.
Monsieur Brandner, l’expression gestion de l’innovation ne recèle-t-elle pas une contradiction en soi? Comment peut-on gérer des innovations?
La gestion de l’innovation s’attache à découvrir les processus créatifs dans l’entreprise, avec son lot de changements, d’irritations, de nouvelles idées. En fait, il s’agit de briser les vieux tabous, de pourfendre la routine et d’effacer les obstacles, tant au niveau de la réflexion que des structures, dans l’ensemble de l’entreprise.
Naturellement, le processus de création de ce «matériau» est fréquemment très diffus et la plupart du temps difficilement saisissable. La tâche de la gestion de l’innovation est donc de créer un climat dans l’entreprise permettant de faire surgir les innovations et, si l’on peut dire, «concrétiser» ces innovations, ceci afin d’assurer leur transposition et leur réalisation.
Cela veut-il dire que la gestion de l’innovation constitue ces dernières années un sujet primordial?
L’expression «gestion de l’innovation» vient à vrai dire de l’économiste autrichien Josef Alois Schumpeter, et sa thèse «l’entrepreneur – le moteur de l’économie – est celui qui impose de nouvelles combinaisons» remonte maintenant à 90 ans. Produits, processus, structures, marchés potentiels, sources d’approvisionnement - Schumpeter a inclus ici tous ces composants.
Naturellement, les temps ont changé. Et en règle générale, l’entrepreneur n’est plus aujourd’hui l’innovateur – les innovations sont dues désormais aux collaborateurs! La direction d’une entreprise n’a ni le temps ni surtout le savoir requis qui est d’une grande complexité; sa tâche est bien plus de faire en sorte que les innovations voient le jour dans l’entreprise et s’imposent rapidement sur le marché – par exemple par une bonne infrastructure, par une grande liberté d’action, par des processus d’innovation clairs, par des stimulations à l’innovation, par l’engagement de la direction, etc.
Pouvez-vous nous dire concrètement ce qu’est un climat encourageant l’innovation?
Le critère décisif est que les innovations doivent faire partie de la culture de la direction d’une entreprise. Ceci implique la prise de conscience de l’importance des innovations pour l’entreprise, pour le client ou pour la présence dynamique sur le marché et que ceci soit bien ancré dans l’esprit de la direction. Chez Hewlett Packard, par exemple, cet engagement va si loin que le terme «invent» a été intégré dans le logo de la société – un message adressé aux collaborateurs! Chez HP, la personne qui innove monte sur un podium et est couronnée d’honneurs et de primes.
C’est uniquement quand ces conditions sont remplies chez les décisionnaires que l’on dispose de la liberté d’action nécessaire dans l’entreprise pour déployer l’esprit créatif. Cette liberté d’action se situe au niveau de l’esprit mais elle peut être aussi physique, ménageant des espaces de réflexion, de récréation et de communication. Le mieux, c’est que les innovations soient intégrées de cette manière dans le quotidien de l’entreprise, impliquant des signaux constants adressés aux collaborateurs, de façon que l’esprit créatif devienne partie intégrante du concept entreprenarial.
La deuxième condition essentielle est que la gestion de l’innovation représente dans son intégralité un domaine de la gestion du savoir, qui amène tous les «porteurs de savoir» d’une même entreprise à soutenir les processus créatifs et permet pour ainsi dire le transfert de ce savoir de «cerveau à cerveau».
Faisceau de toutes les forces réunies, la gestion de l’innovation a donc pour tâche d’asseoir autour d’une même table les experts compétents d’une entreprise pour leur insuffler la direction à prendre dans l’exécution d’un travail créatif.
Prenant la balle au bond: «Que peut à votre avis insuffler la gestion de l’innovation?»
Pour l’essentiel, la gestion de l’innovation permet d’assurer qu’une entreprise se renouvelle plus rapidement pour faire face aux pâles imitations de la concurrence. Seulement dans quelques secteurs d’activité, les brevets représentent une protection contre les imitations. Suivant la branche, une bonne part du chiffre d’affaires annuel devrait être réalisée avec des produits n’ayant pas plus d’un an.
C’est pourquoi il est essentiel que des objectifs clairs soient définis, à savoir quelles voies sont à emprunter pour épanouir la créativité afin de créer les conditions stratégiques, organisationnelles et personnelles, afin de disposer concrètement des plannings concernant la gestion des produits, la formation, la communication interne, la communication sur les marchés et aussi afin d’évaluer les résultats. Les innovations, comme tous les autres processus de l’entreprise, doivent être soumises à un contrôle constant, à chaque cycle de leur développement.
Car les «succès» basés sur la fiction ont toujours une issue fatale.
Monsieur Brandner, nous vous remercions pour cet entretien!





