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Des tapis racontant une histoire - une interview avec Nani Marquina

L'histoire de Nanimarquina a commencé dans les années 80, sur la base d'une idée simple : le désir de créer et de produire des tapis contemporains. Au cours de nombreux voyages en Inde, au Pakistan ou au Népal, les équipes de Nanimarquina se sont inspirées de l'artisanat traditionnel de fabrication de tapis. En 1993, la production a été installée en Inde où l'entreprise s'engage également dans le cadre de projets sociaux.

L’esprit d’innovation de Nanimarquina se manifeste par des valeurs fortes telles que l’innovation, l’observation, la communication et l’émotion. La marque accorde une attention particulière au choix des matières premières et des processus de fabrication.

Fruit de sa collaboration avec Bene et le studio de design britannique PearsonLloyd, la collection de tapis Greenwich s’inspire des sentiers et des routes sinueuses d’un parc emblématique de Londres : le parc de Greenwich.

Dans cet entretien, Nani Marquina nous parle de son amour du design et nous raconte comment les nœuds et les couleurs peuvent tisser une histoire.
 

Vous avez commencé votre carrière comme architecte d’intérieur. Quand avez-vous découvert votre amour du design textile, et plus particulièrement du design de tapis ?
Petite déjà, le dessin faisait partie intégrante de ma vie. Mon père a été l’un des premiers designers industriels en Espagne, j’étais fascinée par les esquisses qu'il rapportait tous les jours à la maison. C’est lui qui m’a transmis cette passion du design. Mais je n’ai pas décidé du jour au lendemain de dessiner des tapis. Au début, je créais seulement des motifs décoratifs pour des aménagements d’intérieur. C’est là que j’ai appris qu’il existait peu de tapis véritablement bien dessinés.


Qu’est-ce qui distingue un produit Nanimarquina des autres tapis ? En quelques mots, comment caractériseriez-vous vos designs et vos produits ?
Lors du développement de nos tapis, nous portons une attention particulière au choix des matières premières et à l’étude des méthodes de production traditionnelles. Il ne s’agit plus seulement de textures, de couleurs et de nœuds, mais de véritables œuvres d’art, qui racontent une histoire. C’est là notre valeur clé : vous n’achetez pas un tapis, vous achetez une histoire. Je pense que ma passion pour l’art et la nature a fortement marqué mon travail.

Nanimarquina est reconnue pour un design exceptionnel, une qualité supérieure, une large palette de couleur et un travail artisanal. Vos tapis sont noués à la main dans des pays comme l’Inde, le Maroc, le Pakistan et le Népal. Comment vous y êtes-vous prise pour trouver vos partenaires dans ces régions ? Vous devez certainement avoir beaucoup d’histoires à raconter…

Oh oui, ça c’est sûr ! Chaque pays m’inspire à sa façon. En général, nous faisons la connaissance de nos partenaires au cours de nos déplacements. Nous partons à la recherche d’ateliers traditionnels, nous regardons les gens travailler et nous nous en inspirons. Ensuite, tout dépend de leur volonté de travailler avec nous, et de produire des tapis sur commande.


Les tapis Greenwich de Bene sont produits en Inde. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les processus de production et les personnes qui y prennent part ? Comment le savoir-faire traditionnel s’y intègre-t-il ?
Le processus de production est toujours un travail d'équipe. Ce sont les connaissances et les outils de travail de nos collaborateurs qui nous permettent de répondre au mieux aux exigences de nos clients.

Le savoir-faire traditionnel est très important dans la fabrication, car nous sommes constamment à la recherche de méthodes anciennes à faire revivre. Pour nous, les meilleurs tapis restent ceux faits à la main. Et parmi ceux-ci, les tapis requérant le plus d’attention et de temps à réaliser sont les plus appréciés, ceux qui ont nécessité le plus de soin et d’assiduité. Des tapis noués selon des méthodes traditionnelles de fabrication, comme les Kilims, les Dhurries ou les Sumaks deviennent des œuvres d’art uniques. Ils sont non seulement le produit de nombreuses heures de travail mais traduisent également l'histoire d'une autre culture : c'est ce qui leur confère toute leur valeur.


Vous avez délocalisé toute votre production dans des pays en voie de développement. Comment abordez-vous les conditions de travail locales et la problématique sociale ?
Permettez-moi de prendre l’exemple de l’Inde. Dès que l'on atterrit dans ce pays, on comprend tout de suite qu'il faut arriver à y nouer une réelle relation pour pouvoir y travailler. Un an après notre arrivée, nous avons donc fondé l'organisation indienne Care & Fair qui lutte contre le travail des enfants dans le secteur de la fabrication de tapis.

Il y a cinq ans avec Care & Fair, nous avons lancé le projet Kala : pour chaque achat d’un tapis de la collection Kala, Nanimarquina fait un don de 150 € en faveur de l'école Amita Vidyalaya à Bhadohi. Grâce à ce projet, Nanimarquina soutient une école scolarisant près de 600 écoliers âgés entre 10 et 15 ans. C’est de cette manière que, pas à pas, nous essayons de contribuer localement à l’amélioration des conditions de travail.


La préoccupation environnementale est l’une des valeurs clé de votre marque. Pouvez-vous nous donnez quelques exemples de votre engagement en faveur de l’environnement ?
Pour la majeure partie de nos collections, nous utilisons des produits de nettoyage écologiques, à l’instar du détergent naturel Ecosheen : un produit biodégradable garanti sans agents chimiques non naturels. Il contribue de plus à préserver l’éclat des couleurs, la brillance, et la douceur des tissus.

En règle générale, nous essayons autant que faire se peut d'utiliser des produits biodégradables ou recyclables. Par ailleurs, nos méthodes de fabrication traditionnelles contribuent largement à préserver les ressources pour les générations futures.

Notre souci du recyclage nous a amené à initier d’autres créations comme le tapis Bicicleta : produit depuis 2004, il est fait à 100% de matériaux recyclés. L'idée de ce tapis nous est venue en Inde. En effet, le moyen de transport le plus répandu en Inde est le vélo. Nous avons alors décidé d'utiliser des chambres à air usagées en guise de matière première et ainsi de participer au recyclage. D’autres tapis Nanimarquina, comme le modèle Global Warming, véhiculent un message puissant. Ils invitent à réfléchir sur la situation de la Terre. Le changement climatique et le bien-être de notre planète sont entre nos mains.


La gamme de tapis Greenwich est caractérisée par un assortiment de couleur très original. Comment se passe la teinture ? Qu’est-ce qui entre en jeu lors de la sélection des couleurs et des matériaux ?

Le choix des bonnes couleurs est l’une des étapes les plus cruciales du design. Je suis persuadée que chaque couleur représente un sentiment et que chaque sentiment a sa propre couleur. Les couleurs peuvent influencer les sentiments des êtres humains, il est donc important de bien les choisir. En ce qui concerne la collection Greenwich, nous avons surtout essayé d’obtenir une certaine harmonie entre les différents modèles.
 

La collection de tapis Greenwich est réalisée en collaboration avec Bene et PearsonLloyd. Quel a été votre rôle dans le processus de création ?

Le rôle de l’équipe de designers de Nanimarquina a été de conseiller Bene et PearsonLloyd en leur présentant les différentes techniques de nouage à la main, quelles étaient les fibres les plus appropriées, sous quelle densité etc. …


Pour Bene, le bureau est un espace de vie qui doit laisser libre cours à la réflexion créative et à la communication. Quel est le rôle que peuvent jouer les tissus, notamment les tapis, dans l'univers du travail contemporain ?
Les tapis jouent effectivement un rôle très important dans l'aménagement de l’espace, notamment au niveau du poste de travail. Les couleurs et les formes d'un tapis peuvent donner une connotation particulière à un espace, lui conférer un aspect plus ou moins officiel et sérieux, ou au contraire lui apporter une ambiance conviviale et chaleureuse.


Vous travaillez souvent avec des designers internationaux. Selon vous, qu’est-ce qui rend de telles coopérations si passionnantes ? N’est-ce pas quelquefois compliqué de trouver une solution qui convienne à tous, lorsqu’autant d’esprits créatifs sont rassemblés autour de la table ?

Non, ce n’est pas compliqué, ou tout du moins, pas toujours ! En règle générale, les designers nous contactent directement avec une première ébauche, puis nous travaillons ensemble afin de trouver le meilleur design et le mode de fabrication le plus approprié pour le projet en question.

Lorsque plusieurs créatifs travaillent ensemble, il y a tellement d’idées nouvelles qui surgissent, c’est incroyablement enrichissant. Les idées apportées par ceux qui ne sont pas au fait des contraintes liées à la fabrication peuvent être extrêmement créatives, voir même novatrices.
 

Quels sont vos rêves pour l’avenir ? Y a-t-il encore quelque chose que vous adoreriez faire ou accomplir ?
Je trouve passionnant que, de nos jours, les gens en sachent tant en matière de design, et y attribuent de plus en plus d’importance. Ils en savent plus sur ce qu’ils attendent d’un produit, et la demande de tapis fait main est en plein essor. Dans un tel contexte, mon objectif principal est de continuer à innover, d’insuffler de l’émotion et de créer du lien à travers mes tapis.

Auteur/e

Angelika Molk

Corporate Marketing Manager

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