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Tendances

L’invention du bureau : Table, livre et scriptorium

Des entreprises sont dirigées, des décisions politiques sont prises, des innovations scientifiques sont développées et des processus globaux sont poursuivis, à partir de bureaux. Aussi, des espaces de travail comme les cabinets médicaux et les salles de professeurs, ou des espaces comme des foyers, des avions ou des cafés se transforment en bureaux.
Mais de quelle manière le bureau est-il né ? Comment a-t-il été créé et comment s’est-il développé ?
 

Le monastère

L'origine du bureau commence au monastère, lorsque le moine Jérôme de Stridon ou Saint Jérôme a traduit l’ancien testament en latin vulgaire en l’an 400. Dans les siècles suivants, beaucoup de monastères ont fait copier le texte de Saint Jérôme – la Vulgate -, lequel est aujourd’hui encore un texte biblique de référence.

Les monastères sont des entreprises. Des stations de production religieuses, sociales et économiques, de biens matériels et spirituels. Ils sont les lieux, dans lesquels la culture antique est préservée grâce à la copie et à la traduction de vieux rouleaux de papyrus et de parchemin – la plus ancienne forme du livre – et la transmission de leur pensée.
 

Les trois éléments du bureau

Depuis le commencement de son histoire, trois éléments caractérisent le bureau : Table, livre et pièce. Ils se construisent l’un sur l’autre et sont jusqu’à aujourd’hui, les outils du travail de bureau avec les ustensiles de bureau comme le papier, l’encre, la gomme, le cuir, le récipient, la couleur et la plume, qui ont pris des formes différentes dans l’histoire, les outils du travail de bureau. Même si l'ordinateur est aujourd’hui l’outil le plus important.
 

Le livre

Le livre constitue la base du bureau. Un sous-main et une pièce sont nécessaires à ce livre. Les livres forment une base essentielle dans le développement de la culture occidentale. Le codex romain est le format de livre après les rouleaux. Il est constitué de feuilles libres de papier superposées et reliées. C’est seulement au 13ème siècle avec le développement du papier que les moines ont pu relier des livres. Le texte est écrit à la main et la première lettre de l’alphabet d’une page est richement illustrée. Les couvertures du livre sont en bois et tendues à l’aide de cuir ou parchemin et décorées avec raffinement.
 

La table

L’invention du bureau est en fait l’invention de la table revêtue d‘un tissu. La table – ce sont deux tréteaux recouverts de planches. Afin de ne pas endommager les couvertures coûteuses du livre, les moines ont deux méthodes : Ils posent un tissu entre le livre et la table - la bure, burra en latin - à partir de laquelle le terme bureau prend son origine. Ou bien ils enfoncent cinq clous sur la couverture du livre, afin d’éviter le contact de l’enveloppe avec les planches de bois grossières de la table. Les clous font partie de l’esthétique de l’enveloppe. C’est seulement au 13ème siècle que les tables obtiennent un pupitre oblique.
 

La pièce

Le troisième élément est la pièce. Elle s’appelle d’abord atelier d’écriture, en latin scriptorium, servant à l'écriture, en latin scribere. La pièce, dans laquelle on produit des livres, prend enfin le nom du tissu, venant se placer entre le livre et la table – la bure.
Au 17ème siècle tout d’abord, la table, recouverte par la bure, est appelée bureau, au 19ème siècle, la pièce devient un bureau, dans laquelle se trouve une table recouverte d’un tissu en feutre. Dans la désignation, la table et la salle de travail se confondent.
 

Le bureau

Au 13ème siècle, la société féodale du Moyen-âge se transforma.
La science, qui fonda jusqu’à présent les contenus religieux des écritures saintes, découvre à présent le monde empirique et se tourne vers l’étude de la nature et de la morale, de la biologie et de la sensibilité des hommes. Elle divise croyance et philosophie de manière stricte, les organise selon un nouvel ordre et développe des méthodes et un savoir, qui vont entraîner le monde vers la modernité un siècle plus tard.

Grâce à leurs connaissances de bureau, les moines travaillent dans l’administration des cours et des entreprises bourgeoises. Depuis le 13ème siècle, le livre et la table forment un couple solide, qui exerce un effet important sur la culture occidentale, en tant qu’instrument de la formation, du savoir et de l‘organisation. Avec le métier de scripte, le bureau devient une pièce à part entière – même si celle-ci n’en porte pas encore le nom.

Avec l’intérêt du 13ème siècle pour l’école et la science, des commentaires naissent sur les textes sacrés, et de plus en plus de textes individuels, avec lesquels s’annonce une nouvelle aire: la Renaissance. Le bureau est alors libéré de sa vocation religieuse – et adapté au monde moderne.
 

Ce que le monastère nous apprend

Le grand bénéfice des monastères concerne son engagement pour la culture et la société. Les nonnes et les moines exercèrent l’assistance spirituelle et conservent les biens culturels de l’Antiquité. Ainsi, dès le départ, le travail du bureau fut associé au travail culturel. De manière intéressante, les monastères connurent toujours le succès et se développèrent en de confortables entreprises, lorsque ceux-ci se donnèrent une règle, car la vie au monastère fut ainsi soumise à une pensée unique, qui occupa la vie collective, la vita communis – et qui évolua jusqu‘au travail d’équipe. C’est dans le travail en équipe, la vie rationnelle, le travail de bureau discipliné et le sens de la moralité à travers l’engagement pour la société, la nature et l’homme, que les monastères portèrent une responsabilité sociale. C'est cela qui fit leur succès et devint le modèle pour le monde moderne bourgeois.
 

Auteur/e

Hajo Eickhoff


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